Ida Royer

Peindre pour se ressouvenir

Il y a des fleurs, des natures mortes, des portraits au masque, des paysages et la mer toujours renouvelée comme un ailleurs vers lequel on se tourne quand on ne veut plus penser à rien. La peinture d'Ida Royer est la vie poursuivie. Un peu naïve, un peu nostalgique, elle fixe des instants pour pallier une absence. " Je cherchais un dérivatif, explique Ida Royer, quelque chose qui m'entraîne et m'aide à me dépasser. La peinture a été la révélation. Je suis entrée dans la couleur et je suis devenue passionnée. La peinture m'a entraînée à nouveau dans la vie. "

Pinceau en main, l'artiste devient une essence de lui-même, jetant sa personnalité sans fard sur la toile. " J'ai appris la technique avec une professeure, poursuit Ida Royer. Ceci fait, je me suis aussitôt mise à peindre et je me suis échappée des modèles. " Ida Royer peint avec une grande liberté d'expression. Elle n'a rien à prouver, seulement à explorer la voie qu'elle s'est tracée.

Cette voie commence par le paysage maritime. " J'aime la mer de toutes les façons, calme, agitée… Je la trouve vivante, reposante, agaçante parfois. C'est cette mer multiple que je veux traduire dans mes toiles. " Et Ida Royer d'arpenter les bords de la Méditerranée à la recherche du point de vue qui la comblera ce qui, pour elle, est des plus faciles : " Où que se pose le regard dans la région de Nice où j'ai mes habitudes, il y a toujours quelque chose à peindre. La Méditerranée est ici vivante, jamais pareille. Ses couleurs varient à l'infini. "
À côté des paysages où la mer n'est jamais loin, Ida Royer brosse des bouquets dans des tons de jaune, d'orange, de marron, de rouge et de rose. Dans les mêmes tonalités, ses natures mortes offrent des moments de recueillement sur ces choses de la vie immobile. Comme pour les paysages, elle aime jouer avec la granulosité de la matière qu'elle emploie pour capter la lumière qu'elle fait vibrer.
Et puis, il y a les portraits retenus. " Le portrait masqué est bien entendu cette absence que je cherche partout, confesse-t-elle. " Ses portraits anthropomorphiques aussi. Elle met un masque à la nature humaine pour mieux la révéler à nos esprits. Personne n'est dupe, car il n'est pas facile de s'exprimer en peignant.

Ida Royer s'estime une éternelle apprentie dans l'univers qui s'est brutalement révélé à elle par obligation. Dans sa bulle d'artiste, elle se confie à la peinture et transforme ses sentiments en couleur pour que la vie - sa vie - se poursuive autrement. Quand elle expose ses toiles, elles vont, à leur tour, recueillir les sentiments que les spectateurs y projetteront. " Je recherche le regard de l'autre, confie Ida Royer, même si je le redoute. " Et quand se produit le moment merveilleux où le sentiment du public devient assentiment, Ida Royer sait qu'elle ne peint plus seulement pour se ressouvenir.

Alain Coudert
Critique et historien de l'art